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Marc Bloch,
Apologie pour l'histoire ou métier d'historien. Paris, Colin,
1999. 110 p.
L'historien
expose ici sa conception de l'histoire et de son métier.
Cet ouvrage est le résultat des expériences, réflexions
et théories qui se sont peu à peu construites tout
au long de sa vie professionnelle. Il n'est pas aisé de mesurer
l'importance du livre. Cependant, au regard du nombre d'exemplaires
publiés, on a pu constater son influence auprès des
historiens et son succès auprès du grand public.
La diffusion
En
France :
Le succès commercial du livre a subi des fluctuations. L'ouvrage
a d'abord été publié sous forme de brochure
(Cahiers des Annales n°3), en 1949, avec un tirage de 3 000
exemplaires. Un deuxième tirage a été réalisé
en 1952 (3 000) ; un troisième en 1959 ( 2 000) ; un quatrième
en 1961 (5 000) ; un cinquième en 1964
(5 800).
En 1974, l'ouvrage a été édité dans
une collection de livres de poche (" U prisme ") chez
Armand Colin, avec une préface de Georges Duby. D'après
les calculs d'Étienne Bloch, jusqu'en 1990, la vente du livre
a atteint environ 17 000 exemplaires.
Ainsi en France, de 1949 à 1990, la diffusion des deux éditions
confondues, Cahiers des Annales et " U prisme ", se situe
aux environs de 35 800 exemplaires.
Une nouvelle édition critique, préparée par
Étienne Bloch, a été publiée en 1993.
Au 31 décembre 1995,
3 000 exemplaires environ avaient été vendus.
À
l'étranger :
Le livre a été traduit en huit langues. Dès
1952, la traduction italienne paraissait chez Einaudi, bientôt
suivie, en 1953, par une traduction anglaise chez Knopf à
New York. D'autres traductions ont paru : en Allemagne (1981), en
Estonie, en Hongrie, au Japon, aux Pays-Bas (1989), en Pologne,
au Portugal, en Tchécoslovaquie et en U.R.S.S. Le tirage
total de l'ouvrage dans le monde avoisinait 450 000 exemplaires.
La nouvelle édition en espagnol est parue en 1996. La traduction
italienne est sur le point de paraître et celle en hébreu
est en préparation.
Le
cas particulier de l'édition en espagnol :
La nouvelle édition en espagnol s'explique par le succès
commercial du livre en Amérique latine. Édité
par le Fondo de cultura económica de méxico, en 1952,
dans une petite collection reliée (" Breviaros "),
sous le titre Introducción a la Historia, le livre est fréquemment
étudié dans certains lycées. À l'heure
actuelle le tirage total depuis 1952 atteint 150 000 exemplaires
(éditions argentine, cubaine, et vénézuélienne
incluses).
L'influence de l'ouvrage
Plus de cinquante
ans après sa rédaction (1941-1943), on constate que
ce livre a marqué son époque et qu'il demeure d'une
grande actualité. Le plus récent témoignage
de l'intérêt porté à l'ouvrage se trouve
dans le dernier livre de Gérard Noiriel, Sur la crise de
l'histoire.
Dans son analyse, l'auteur retient quelques points qui lui paraissent
essentiels. En tout premier lieu il souligne que l'histoire pour
Marc Bloch est une pratique professionnelle " fondée
sur une division du travail et une spécialisation et la coopération
de tous ceux qui la pratiquent " (p.81), exigeant un apprentissage
et une formation. Il considère que l'originalité de
l'ouvrage réside dans la prise en compte par l'auteur des
nouveaux développements de l'épistémologie
de l'histoire et de la philosophie des sciences. Marc Bloch préconisait
une interdisciplinarité dans les sciences de l'homme "
conçue comme une coopération entre spécialistes
de disciplines différentes et non pas dans un effort visant
à promouvoir l'unification des sciences de l'homme "
(p. 82). Gérard Noiriel souligne aussi l'importance donnée
par Marc Bloch aux questions de communication : communication avec
la communauté des historiens exigeant un langage commun ;
communication avec le public grâce à un langage accessible
à chacun. Il observe que la défense de la légitimité
de l'histoire sous-tend tout l'ouvrage. En effet, Marc Bloch était
convaincu que l'historien a une fonction sociale : il s'efforce
d'enrichir la mémoire collective, il n'est pas au service
d'une patrie et le seul groupe qu'il accepte de servir est l'humanité
toute entière. Gérard Noiriel demande enfin un retour
à Apologie pour l'histoire ou métier d'historien qui
aiderait à résoudre la prétendue
" crise de l'histoire ", qui envenime le milieu des historiens.
Avant Gérard Noiriel, Jacques Le Goff, dans sa préface
à la nouvelle édition d'Apologie pour l'histoire ou
métier d'historien (1993), avait déjà montré
l'actualité de l'ouvrage de Marc Bloch. Il avait pointé
les pistes ouvertes par celui-ci et déploré que nombre
d'entre elles n'eussent pas été suivies ou aient été
incomplètement exploitées.
De ce bref exposé qui néglige les contributions étrangères,
on peut conclure que l'ouvrage de Marc Bloch, dont l'influence dans
le passé est certaine mais difficile à mesurer, connaît
aujourd'hui une nouvelle jeunesse et continuera dans l'avenir de
susciter l'intérêt pour l'histoire et servira longtemps
de base de discussions sur le métier d'historien.
Extrait
" De même
la critique de simple bon sens, qui a été longtemps
la seule pratiquée, qui, d'aventure, séduit certains
esprits, ne pouvait mener bien loin. Qu'est-ce, en effet, le plus
souvent, que ce prétendu bon sens ? Rien d'autre qu'un composé
de postulats irraisonnés et d'expériences hâtivement
généralisées.
[...]
Le "bon sens", semble-t-il, interdirait d'accepter que
l'empereur Othon Ier ait pu souscrire, en faveur des papes, des
concessions territoriales inapplicables qui démentaient ses
actes antérieurs et dont ceux qui suivirent ne devaient tenir
aucun compte. Il faut bien croire, cependant, qu'il n'avait pas
l'esprit bâti tout à fait comme nous, que, plus précisément,
on mettait, de son temps, entre l'écrit et l'action une distance
dont l'étendue nous surprend, puisque le privilège
est incontestablement authentique. "