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Lettre de Marc
Bloch à Étienne Bloch, son fils, le 9
avril 1936 :
"Je
suis arrivé en Argonne comme sergent d'infanterie, peu après
la bataille de la Marne vers le 15 ou le 20 septembre 1914 [le carnet
de 1914 permet de préciser : le 15 septembre]. Nous avons
d'abord occupé un peu à l'ouest de l'Argonne proprement
dit ( région de Vienne-la-Ville et de Neuvile-au-Pont) les
bois d'Hauzy où ma compagnie n'a guère été
exposée, mais où nous avons beaucoup souffert de l'humidité.
Puis [le 20 au soir à Neuville-au-Pont], après naturellement
une période - 2e ligne- dans des villages voisins de la ligne
de feu)nous sommes montés dans les bois de la Gruerie, au
N. de la Harazée, pas très loin de Bagatelle et d'une
fontaine. Nous y avons perdu beaucoup d'hommes par bombes et par
balles. C'est là que j'ai forcé une mitrailleuse allemande
à se taire, en lui faisant tirer du dessus, la nuit, après
l'avoir moi-même regardée pendant qu'elle tirait sur
nous, de façon à en voir la flamme. Nous sommes redescendus,
à la Neuville-au-Pont, je crois que c'est alors que j'ai
pris le commandement d'une section (1/4 de compagnie) après
avoir été nommé adjudant [3 novembre] . (Je
n'étais pas en très bon termes avec mon capitaine
, que je n'ai jamais tenu pour un homme très estimable, et
je pense que c'est pour ça qu'on ne m'a pas fait passer tout
de suite sous-lieutenant). A partir de ce moment nous avons oscillé
entre la Neuville, Vienne-le-Château comme cantonnement d'arrière
et les lignes sous bois ou en terrain découvert au N. de
Vienne-le Château. A Vienne j'ai perdu plusieurs hommes dans
un abri effondré. Je suis monté très malade
en ligne après le 1er janvier 15 au N. de Vienne-le-Château.
J'ai du redescendre après une nuit de grosse fièvre
; j'ai passé un ou deux jours à Vienne et l'on m'a
enfin évacué le 7 sur Troyes (typhoïde).
"
Toute cette
première partie de la lettre est considérablement
développée dans Les souvenirs
de guerre 1914-1915.
Les premiers mois de la guerre
. 4
ou 5 août Amiens
. 9 août Stenay
. 11 au 21
août garde des ponts sur la Meuse
. 21 août départ vers
le front direction la Belgique
. 25 août au 5
septembre retraite vers la Marne
. 6 au 10
septembre en Champagne aux abords de la bataille de La Marne
. 10 septembre participation à
la dernière phase de la bataille de la Marne
. 11 au 15
septembre marche en avant - arrivée le 15
en Argonne
. 15
septembre au 5 janvier 1915
l'Argonne ; la guerre de tranchées - alternance de la première
ligne et de la seconde ligne en repos
. 5
janvier 1915 évacuation
vers l'arrière -typhoïde
. Sergent jusqu'au 3 novembre , 18e
Compagnie du 272e R.I.
. Adjudant le 3 novembre
Document
: Les souvenirs de guerre première partie
Document
: Paragraphe II de l'Historique du régiment rédigé
par Marc Bloch qui donne un tableau général de l'action
du 272e RI en Argonne de septembre 1914
à janvier 1915.
.
26 juin 1915
-31 juillet 1916
- Retour au front et à nouveau l'Argonne.
Document
: Extrait de la lettre de Marc Bloch à Étienne Bloch
9 avril 1936
:
"A
mon retour au front, fin juin 1915, j'appartenais au 72e R.I (régiment
de l'active dont le 272e était le régiment de réserve
par dédoublement, mais ces distinctions n'avaient alors plus
de sens). J'ai pris le commandement de ma section aux Islettes (nous
étions logés à la Verrerie, près de
la gare) après un court séjour au dépôt
divisionnaire à Beaulieu ( plus au sud). A partir de ce moment
jusqu'en juillet 1916, nous n'avons plus quitté l'Argonne
: en ligne dans le ravin des Courtes-Chausses (celui qui s'ouvre
sur la vallée de la Bresmme entre La Chalade et Le Four-de-Paris,
un peu avant le croisement des routes de Varennes et des Islettes)
; cantonnement les Islettes, surtout Le Clam, Le Neufour, La Chalade
(ce dernier village abandonné par les habitants) ou dans
des abris sou-bois. C'est là que j'ai passé sous-lieutenant
et que j'ai eu mes deux premières citations : l'une pour
l'affaire du 13 juillet (voir plus loi), l'autre pour avoir lancé
des grenades sur la tranchée ennemie la nuit - je veux dire
commandé une expédition de lanceurs de grenades dont
la raison d'être était d'attirer l'attention des Boches
sur un point A de leur ligne, pendant qu'on faisait un coup de main
réel sur le point B. Si tu veux mon avis, je te dirai que
la citation que j'ai peut-être le mieux méritée
est celle que je n'ai pas eue et aurais dû avoir dans la Gruerie,
en 14. Il faut être au-dessus de ces petites choses."
Document
: Paragraphe V de l'historique du régiment.
. Août
1916 et premières semaines
de septembre, repos du régiment en Champagne au camp de Mailly
près de Troyes et environs résumées ainsi dans
l'historique du Régiment :
"Le mois d'août et les premières
semaines de septembre furent consacrés à préparer
le régiment à la mission offensive qu'il devait bientôt
recevoir."
. C'est le 9 septembre 1916
que Marc Bloch devient officier de renseignements
.
13 septembre au 4 octobre, le
72e est occupé à des opérations actives au
Nord de la Somme, en réserve dans des secteurs bombardés
.
4 octobre au 13 octobre bataille
de la Somme Bouchavesnes
Document
: Rapport sur les opérations de Bouchavesnes
. Octobre
à décembre 1916
en réserve autour de Bray sur Somme puis à Brébant
dans la Marne.
. Algérie mi-décembre 1916
- mars 1917
. Arrivée
à Marseille le 14 décembre
-embarquement le 15 - voyage en mer
le 16- arrivée à Philippeville
le 17 -séjour jusqu'au 25 et
départ pour Constantine et séjour à Constantine
jusqu'au retour à Philippeville le 21
mars ; embarquement le 24 et arrivée
en France le 26 mars
. Mars 1917
à mai 1917, Camp de Villersexel
séjour et instruction dans des villages autour de Vesoul
(Haute-Saône)
.
19 mai jusqu'en juin 1917
- dans la région de St Quentin, ainsi résumé
dans l'historique du régiment :
Le 19 mai le régiment relève
les troupes britanniques dans le secteur Gricourt, Fayet à
l'ouest de St Quentin. Y demeure en ligne jusqu'au 23
mai. Point d'opération offensive, mais une guerre de patrouilles
et de petits postes, et la tâche très rude d'organiser
un secteur presque dépourvu de tranchées.
. Du 24 mai au 20
juin stationnement au sud de Péronne dans différents
villages près d'Ham
. 21
juin au aux premiers jours de juillet : Le Chemin des Dames
Document
: résumant le déroulement des opérations historique
du régiment § Le Chemin des dames
Document
: Sur le détail du comportement du 72e devant les attaques
allemandes des 28-29
juin et 29-30
juin, rapport sur les opérations rédigé par
Marc Bloch.
. Juillet
en réserve derrière Le Chemin des Dames au nord ouest
de Château-Thierry.
. Août et septembre dans l'Aisne au nord-est de Château-Thierry
à quelques km de Fère en Tardenois.
. Septembre octobre novembre premières semaines de décembre
dans le Soissonais.
. Vers la
mi décembre départ pour l'arrière du côté
de Vitry-le-François
. 1918
- au cours du premier trimestre - la Champagne autour du camp de
Mourmelon, aux environs de Suippes
Document
: rapport sur l'occupation de tranchées allemandes dans le
secteur du Mont-sans-Nom (?) rédigé par Marc Bloch.
. Mai dans
la région d'Amiens en attente d'une éventuelle poursuite
de l'offensive allemande de mars au sud d'Amiens, à Saint
Sauflieu
. Début
juin le régiment est transporté dans les environs
de Villers-Cotterets pour participer jusqu'au 10
juillet au rétablissement des lignes françaises imposées
par la contre-attaque allemande sur le Chemin des dames . - Bataille
meurtrière dans la forêt de Retz.
Document
: § VII du Rapport tendant à l'obtention d'une citation
du régiment à l'ordre de l'armée.
. Août les Vosges - Octobre l'Argonne - Novembre en Lorraine
. Marc Bloch se trouve en Champagne près de Mourmelon à
l'armistice.
. Le régiment est ensuite transporté en train en Alsace
et Marc Bloch termine l'année 1918
à Neuf-Brisac . Il est démobilisé en mai 1919.
Stéphane
Audoin-Rouzeau qualifie la guerre de Marc Bloch
de banale, ce n'est pas l'opinion
du colonel Bieuville,
historien militaire, qui estime qu'il est
très rare qu'un civil
mobilisé en 1914
comme sergent soit parvenu au grade de
capitaine en 1918
et aux fonctions adjoint du chef du
régiment.
La carrière
militaire de Marc Bloch
. Engagé
volontaire pour 3 ans le 26 septembre
1905 -incorporé au 46e
R.I.
. Affecté à un régiment d'infanterie stationné
à Fontainebleau
. Caporal 18 septembre 1906
. Sergent 18 mars 1907
. Mobilisé
4 août 1914
. Adjudant - 5 novembre 1914
. Sous-lieutenant à titre temporaire 29
mars 1916
. A titre définitif 20 novembre
1916
. Llieutenant à titre temporaire 30
août 1917
. A titre définitif 29 mars
1918
. Capitaine à titre temporaire 18
août 1918
. Nommé capitaine adjoint au colonel 7
septembre 1918
. Capitaine à titre définitif 23
juillet 1921
Comme dans
les premières pages de l'étrange défaite, Marc
Bloch insiste un peu sur ses qualités de soldat et qu'il
paraît accorder une certaine valeur à l'opinion de
ses chefs, il nous a semblé nécessaire de rappeler
ici comment il a été noté par ceux-ci au cours
de sa carrière militaire et au cours de ses rares périodes
dans l'entre-deux guerres.
Ses notes
:
Sauf erreur
de notre part, le dossier personnel d'officier ne contient pas les
notes obtenues dans les grades de sous-officiers, antérieurement
à sa nomination comme sous-lieutenant le 29
mars 1916.
Voici le texte
de ses notes puisées dans son dossier et reproduites partiellement
dans la plaquette écrite par le colonel Bieuville :
"A
été chargé pendant l'année 1916 du service
de renseignements. S'est acquitté de ces fonctions avec beaucoup
d'intelligence, de zèle et de compétence. Ancien élève
de l'Ecole Normale Supérieure, M. le Lieutenant Bloch est
un officier excellent, très sérieux, très dévoué
et d'une éducation parfaite, d'un caractère très
ferme. Ne mérite que des éloges. Est à proposer
pour l'avancement. Deux citations (Brigade et Division). En Algérie
depuis le 17 décembre."
(31 décembre 1916
- Note de son chef de corps)
"Toujours
chargé du service du renseignement, s'est acquitté
de sa fonction avec une intelligence un zèle et un dévouement
qui lui ont valu les éloges très mérités
de tous ses chefs. Très brave, au cours des derniers combats
dans le secteur Cerny-la- Bovelle (juin 1917), s'est fait remarquer
pour son entrain, son calme et son sang froid en allant malgré
un violent bombardement, chercher des renseignements dans les premières
lignes. Officier complet et parfait. Est proposé pour l'avancement."
(30 juin 1917
- Note de son chef de corps)
"Continue
à faire preuve du plus grand zèle et du plus grand
dévouement. En octobre, dans le secteur de l'Epine de Chevrigny
a été chargé comme officier de renseignements
des fonctions d'officier observateur pour toute la Division. S'est
acquitté et parfois sous un violent bombardement, de ces
fonctions avec une intelligence, une énergie qui lui ont
valu les éloges du commandement.
Officier parfait sous tous les rapports."
(9 novembre 1917
- Note de son chef de corps)
"Officier
cultivé, tout à fait à sa place comme officier
de renseignements. Remplit ses fonctions avec zèle et intelligence
et a mérité de bonnes notes jusque là. "
( 1er avril 1918
- Note du chef de corps)
" Vient
d'être nommé capitaine et remplit actuellement les
fonctions d'adjoint au Chef de Corps. Comme officier de renseignements
a apporté une collaboration intelligente et avisée
à la conduite des opérations de Régiment en
juin et juillet. A su organiser de façon remarquable le service
d'observation des Bataillons, a montré un réel sens
tactique dans l'exploitation des renseignements. A rendu en outre
les plus grands services grâce à sa connaissance approfondie
de l'allemand et de l'anglais, tant pour l'interrogatoire des prisonniers
que pour la liaison avec les régiments anglais et américains.
Toujours prêt à marcher et à se rendre utile
: a exécuté diverses reconnaissances périlleuses
qui lui ont permis d'affirmer encore son abnégation et sa
belle crânerie. S'est mis rapidement au courant de ses nouvelles
fonctions et apporte à sa tâche, de l'intelligence,
de l'esprit de méthode, beaucoup de clarté et de précision,
une grande facilité d'assimilation, du tact et du dévouement.
En un mot officier de valeur, tout à fait à sa place
comme adjoint du Chef de Corps. A été cité
à l'ordre de
la D.I. pour sa brillante conduite pendant la période de
Juin-Juillet. "
(ler octobre 1918
- Notes de son chef de corps)
Au lendemain de la guerre, il fait l'objet d'une proposition de
titularisation définitive au grade de capitaine :
" A fait toute la campagne dans un régiment
d'infanterie, sérieux, dévoué, d'éducation
parfaite, plein d'entrain tout en ayant du calme et du sang froid,
est Capitaine à titre temporaire depuis août 1918 et
adjoint de son Chef de Corps. Ancien élève de l'Ecole
Normale supérieure, parle l'anglais et l'allemand, a de beaux
états de service et mérite d'être titularisé
dans le grade de Capitaine. "
(Amiens le 24 novembre 1920
-Le colonel Franck)
Voici enfin
le texte de sa proposition au grade de Chevalier de la Légion
d'Honneur :
"A servi pendant toute la campagne au
72e R.I, où il a rendu les plus grands services, soit comme
officier de renseignements, soit comme officier adjoint au chef
de corps .
Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure,
a été pendant la guerre, un officier remarquable par
son énergie, son zèle, son dévouement et sa
grande compétence.
A fait l'objet de quatre citations très élogieuses"
(informations
obtenues par le dossier personnel du capitaine Marc Bloch conservé
aux archives du Service historique de l'armée de terre à
Vincennes sous la cote 8 Ye 1952 et corroborées par les documents
conservés par Marc Bloch et en possession d'Étienne
Bloch)
Il semble bien qu'entre 1919
et 1933, Marc Bloch n'ait effectué
ni périodes ni stages de perfectionnement.
Le premier stage figurant à son dossier personnel, d'une
durée de deux jours, s'est déroulé ainsi que
les suivants à l'Etat-major du Groupe de Subdivision de Strasbourg
les 29 et 30
mai 1933.
Il est noté comme suit :
"Officier très intelligent
qui saisit très rapidement les caractéristiques d'une
question mais n'approfondit pas suffisamment le détail. -
Pourra remplir son emploi de façon satisfaisante".
Pour les années
1934-1937,
son dossier porte les mentions suivantes :
"N'a pas accompli de périodes
d'exercice. - N'a pas suivi de cours de perfectionnement - Non proposé
à l'avancement. Inscrit à la Liste complémentaire."
Devant la
menace d'un conflit proche, Marc Bloch devenu parisien, mais toujours
affecté au même état-major à Strasbourg,
paraît avoir désiré reprendre contact avec l'armée
: du 4 au 6
juillet 1938 il effectue un
stage à Strasbourg.
Il est noté comme suit :
"Le capitaine de réserve BLOCH
s'est fait remarquer au cours de son stage de trois jours à
l'E.M. du G.S. de Strasbourg, par sa grande facilité à
étudier des dossiers complexes, qui lui ont été
confiés et à les assimiler.
L'information qu'il a ainsi acquise jointe à sa connaissance
très grande de la région lui permettront de rendre
rapidement de bons services à l'E.M. du G.S.mobilisé.
On doit pouvoir compter sur lui."
Pendant l'alerte
de Munich, Marc Bloch est mobilisé et se trouve à
nouveau à Strasbourg. Il est noté comme suit :
"Rappelé à l'activité
du 25-9 au 6-10 1938 a été employé pendant
cette période à l'E.M. du G.S. de Strasbourg. Très
actif, ayant une grande puissance de travail, a donné satisfaction
; est tout à fait à sa place dans un état-major.
Apte à faire campagne."
Il fait l'objet
d'une proposition au grade supérieur le 20
février 1939, à
la suite d'une proposition rédigée comme suit :
"Ne peut être jugé quant
à ses aptitudes à commander un bataillon. Mais parfaitement
capable de diriger un état-major du territoire. Proposé
à titre exceptionnel bien que ne remplissant pas les conditions
exigées quant à (mot illisible) les périodes
et l'assiduité aux Ecoles de perfectionnement."
Apparemment
aucune suite n'a été donnée à cette
proposition d'avancement puisque Marc Bloch a été
mobilisé le 24 août
1939, toujours avec le grade de
capitaine.
Auparavant
il avait à nouveau été rappelé à
l'activité , toujours à Strasbourg du 3
au 5 avril 1939
et il avait été noté comme suit le 20
avril 1939 :
"A accompli du 3 au 5
avril 1939 inclus un stage à
l'E.M. du G.S. de Strasbourg. Il a été rappelé
par application d'une menace de tension politique du 15
au 17 avril inclus ( sic). S'est rapidement
mis au courant des modifications apportées aux divers plans
depuis sa dernière convocation de 1938."
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