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LE
COMBATTANT1939-1940
Citations
militaires
Pour
cette rubrique on ne pourrait trouver meilleur témoin que
Marc Bloch lui-même. Rappelons à cet égard que
son premier discours officiel à la distribution des prix
du lycée d'Amiens en juillet 1914
à la veille de la grande guerre , couronnant en quelque sorte
sa carrière de professeur de lycée d'une courte durée
de deux années, portait sur la critique du témoignage
(Critique historique et critique du témoignage repris dans
Histoire et historiens p. 8 à 16)
et qu'un de ses derniers écrits, le chapitre II d'Apologie
pour l'histoire ou métier d'historien est consacré
presque en totalité au témoignage et à la transmission
du témoignage.
Le témoignage de Marc Bloch se trouve essentiellement dans
L'étrange défaite originairement nommée Témoignage
et couvre ses trois périodes de la guerre 1939-40
: la drôle de guerre subie à la fois en Alsace et dans
le Nord, la campagne du Nord du 10
mai 1940 au 31
mai terminée par l'embarquement à Dunkerque et après
le débarquement à Cherbourg le 2
juin la reconstitution de l'armée en Normandie proche du
soi-disant réduit breton destiné sur le papier seulement
à devenir une poche de résistance clôturée
par l'arrivée des Allemands à Rennes le 18
juin et suivie par un temps intermédiaire en civil dans Rennes
occupée et après l'armistice un court séjour
à Angers avant de rejoindre Guéret dans les premiers
jours de juillet et d'être démobilisé le 11
juillet 1940. Pour la drôle
de guerre les lettres écrites par Marc Bloch à son
fils Etienne complètent le récit de L'étrange
défaite (cf Marc Bloch à Etienne Bloch -Lettres de
la drôle de guerre, Les Cahiers de l'IHTP, cahier n° 19,
décembre 1991, 107 p.)
Non seulement
il faut lire L'étrange défaite si l'on veut connaître
la guerre vécue par Marc Bloch depuis sa mobilisation le
23 août 1939
jusqu'à l'armistice, mais en réalité c'est
le seul témoignage connu et son dossier militaire personnel
ne contient quasiment aucune information.
Il n'est pas
question ici de reproduire le livre mais simplement de retracer
les différentes étapes du parcours de Marc Bloch pendant
la campagne, au vu des renseignements fournis dans l'ouvrage, au
moment où l'on peut dire qu'il a été un combattant
même s'il était un officier d'état major car
en fait il a été sur le terrain en ce sens que non
seulement il a subi à plusieurs reprises les bombardements
aériens mais aussi les bombardements par l'artillerie et
s'est ainsi trouvé sous le feu de l'ennemi. Avant d'en arriver
au 10 mai 1940,
rappelons que Marc Bloch a d'abord été affecté
à l'état-major du groupe de subdivision de Strasbourg,
puis à Molsheim du 24 août
1939 au derniers jours de septembre,
deux jours à Saverne et qu'ensuite il rejoignit dans les
premiers jours d'octobre 1939
l'état-major de la 1e Armée à Bohain (30 km
au sud-est de Cambrai
Pendant une
courte période il occupa au 2e bureau les fonctions d'officier
de liaison auprès de l'état-major de l'armée
britannique ce qui paraissait particulièrement judicieux
pour un historien, possédant la maîtrise de l'anglais
et ayant effectué plusieurs séjours en Grande Bretagne
mais bien vite l'armée lui préféra pour ce
poste un officier de carrière , nouvel arrivant à
l'état-major. Il fut alors affecté au 4e bureau et
devint, comme il l'a écrit lui-même, du jour au lendemain
, la grand maître des carburants dans l'armée la plus
motorisée du front français. Pendant la drôle
de guerre il organisa son service et ses liaisons.
Le coup de
tonnerre du 10 mai 1940
le surprit au Quartier-général en mission. Il rentra
précipitamment à Bohain et au cours des jours suivants
vécut la déroute et l'encerclement des armée
du Nord effectuant avec tout l'état major auquel il appartenait
des sauts de puce vers l'avant, les premiers jours à Valenciennnes
; delà il fit des randonnées en Belgique le 11
mai jusqu'à Mons, le 12 vers
Nivelles, Fleurus et Charleroi. Après la brèche sur
la Meuse l'état-major se replia à Douai le 18
mai , puis à Lens le 19 mai
, le 22 vers le Nord à Estaires-sur-la-
Lys, le 23 au château d'Attiches
à une douzaine de km au sud de Lille, le 26
à Steenwerck à un vingtaine de km au Nord ouest de
Lille. Le 28 mai tandis que le général
Prioux qui avait succédé au général
Blanchard à la tête de la première armée
demeurait à Steenwerke avec une partie des officiers de son
état-major en attente d'être fait prisonnier, Marc
Bloch avec un autre officier se dirigèrent vers Dunkerque
à une distance d'une quarantaine de km. Pour parcourir cette
distance il leur fallut plus d'une nuit et d'une journée
le 29 ils avaient atteint Hondschoote
Ils repartirent pour la côte et la journée du 30
se passa pour Marc Bloch entre Bray les Dunes et Malo les Bains.
Il réussit à obtenir l'assurance de l'embarquement
de ses hommes et embarqua finalement lui-même le 31
mai sur le Royan Daffodil (la Jonquille du Roi) et atterrit à
Douvres. Baladé en train toute la journée du 1er juin
de Douvres à Southampton il embarquait dans la nuit du 1er
juin il rejoignait le sol français le 2
juin 1940 à Cherbourg.
Pendant les 15 jours suivants il cantonna successivement à
Thury -Harcourt à une vingtaine de km au sud de Caen puis
à Rennes le 17 juin occupée
par les Allemands le 18.
Ayant revêtu
des vêtements civils, et s'étant inscrit à l'hôtel
sous son vrai nom, Marc Bloch demeura à Rennes pendant 12
jours jusqu'à l'Armistice et ainsi s'acheva la guerre de
1939-40
pour Marc Bloch. Capitaine il avait terminé la grande guerre,
capitaine il avait commencé celle de 1939-40,
capitaine il la terminait.