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Lettre
écrite le 1er juin 1915, quelques jours avant son retour
aux armées, à la fin de sa convalescence e remise
à sa belle-soeur Marie Bloch-Michel, accompagnée d'une
feuille distincte datée elle aussi de Paris, 1er juin 1915
:
Principales
phases de la guerre
La carrière militaire de Marc Bloch
Paris,
1er juin 1915.
Quand vous
lirez cette lettre, j'aurais cessé de vivre. Je serai mort
"à l'ennemi". Je ne vous demande pas d'avoir du
courage, je sais trop que vous en aurez. Que vos larmes ne soient
pas trop amères ! Je suis mort volontairement pour une cause
que j'aimais ; j'ai fait en partant le sacrifice de moi-même
; c'est la plus belle des fins. Je mentirais en disant que je ne
regrette pas la vie ; je serais injuste envers vous qui me l'avez
faite si douce ; mais vous m'avez appris à mettre certaines
choses au dessus de la vie même. Songez que j'aurais pu comme
tant d'autres tomber au mois d'août 1914, pendant la retraite,
et mourir en désespérant de la France ; ce sont ceux-là
qu'il faut plaindre. Moi je suis mort sur de la victoire, et heureux
- oui vraiment heureux, je le dis dans toute la sincérité
de mon âme - de verser mon sang ainsi.
Dites toute
mon affection à Louis et à Maris. Il m'est doux de
penser qu'Henri du moins se souviendra de moi. Parlez de moi aux
petits, plus tard, mais surtout gardez vous de les attrister par
votre deuil.
Dites à
Jacques Massigli et à Suzanne Hatzfeld que leur amitié
aura été une des joies de ma vie.