Marc Bloch
L'homme, le combattant
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  Principales phases de la guerre
La carrière militaire de Marc Bloch

 

 

 

 



Paris, 1er juin 1915.

Voici mes dernières volontés.

Ce que je possède en numéraire et valeurs se compose : (1) de 1600 francs de bons de la Défense Nationale (2) de celles des mensualités de mon traitement qui, échues avant ma mort, n'auraient pas été touchées par moi (elles se trouveront dans les mains de mon ami Vaillant) 3° de l'argent qui sera, s'il est possible, recueilli sur moi par l'autorité militaire.

Je prie mon cher cousin André Bloch de vouloir accepter 200 francs pour s'acheter des livres.

Je lègue 500 francs à l'Oeuvre des Orphelins de la Guerre, 500 francs à l'ASsociation des Anciens Elèves de l'Ecole Normale Supérieure, 300 francs à la Société l'Abri.

Je prie mes parents de bien vouloir disposer du reste de mon argent en faveur soit d'œuvres sociales (concernant ou non les victimes de la guerre) soit de personnes dans le besoin. je leur recommande de songer à l'œuvre des Maisons Sociales, si elle se fonde, comme je l'espère, et d'une façon générale de favoriser plutôt les oeuvres qui se proposent moins d'adoucir quelques misères individuelles, que d'améliorer le sort de classes injustement malheureuses et de préparer une société plus équitable et plus saine (coopératives, lutte contre l'alcoolisme etc.).

Je lègue à mon cher ami Jean Morize, aujourd'hui prisonnier en Allemagne, tous ceux de mes livres concernant l'histoire et la géographie (y compris les sciences annexes telles que l'économie politique) qu'il ne posséderait pas déjà et que mon père ne désirerait pas retenir. Je prie mes parents de veiller à ce que Morize fasse le choix le plus large.

Je désire que des souvenirs de moi soient donnés à mes amis. ils choisiront ce qu'ils voudront parmi les quelques livres, photographies ou bibelots que je laisse. Plus particulièrement je désire que mes Sainte-Beuve et mon Racine (Editions des Grands Ecrivains) soient attribués à Besch, ma grande photographie de Ruysdael, mes Tolstoï et mes livres de poésie à Jacques Massigli, le tapis de mon cabinet de travail et mon Histoire de France de Lassive à Davy, le petit meuble d'acajou où je mets les volumes d'usage courant à Vaillant qui m'a montré ces derniers temps une amitié si dévouée. Mes parents voudront bien s'occuper de donner des souvenirs à tous mes amis. Je leur laisse le soin de faire la liste. Ils n'oublieront ni René Massigli, ni Paul Lévy, ni Granet, Leroux, Arbos, Sechan, Babut, ni naturellement Noémi et sa fille, ni mes oncles et tantes. Louis et Marie prendront les livres qu'ils voudront. Qu'on conserve quelque chose (ma lorgnette et ma montre par exemple, si elles reviennent intacts) pour Henri et pour Jean.

Au cas où la question se poserait, il va de soi que je désire des funérailles purement civiles, sans fleurs ni couronnes.

Marc Bloch

 

Citations militaires

Lettre d'adieu et testament

Marc Bloch, sergent
1914


 

   
Lettre d'adieu du 1er juin 1915